Lev Golberg : le marché du logement au Canada sort du creux, mais il ne faut pas s’attendre à une reprise rapide

Depuis avril, on observe une amélioration sur le marché : le nombre de reventes augmente, le volume de l’offre s’est stabilisé, et les prix ont soit cessé de baisser, soit reculent désormais beaucoup plus lentement.Les économistes de RBC estiment qu’à mesure que l’accessibilité au logement s’améliore, que le marché du…

Depuis avril, on observe une amélioration sur le marché : le nombre de reventes augmente, le volume de l’offre s’est stabilisé, et les prix ont soit cessé de baisser, soit reculent désormais beaucoup plus lentement.

Les économistes de RBC estiment qu’à mesure que l’accessibilité au logement s’améliore, que le marché du travail se renforce et que la confiance des acheteurs progresse, de plus en plus de Canadiens qui, ces dernières années, avaient reporté l’achat d’un bien immobilier, commenceront à revenir sur le marché.

Mais les spécialistes ne s’attendent pas à une reprise rapide et uniforme à l’échelle du pays.

« Même dans le scénario le plus favorable, la reprise sera inégale : deux pas en avant peuvent être suivis d’un pas en arrière, et différentes régions afficheront simultanément à la fois une hausse et un recul », souligne Robert Hogue, économiste en chef adjoint de RBC.

L’année 2026 se terminera par une baisse des ventes et des prix

Selon les prévisions de RBC, en 2026, environ 453 200 biens immobiliers seront revendus au Canada — soit 3,6 % de moins que l’année précédente.

Le prix moyen selon l’indice de base diminuera également — d’environ 2,3 %, à 794 200 dollars.

Un tournant est attendu l’année suivante. En 2027, la banque prévoit :

  • 6,7 %, à 483 600 biens ;
  • 0,8 %, à 800 700 dollars ;
  • un retour progressif des acheteurs sur le marché.

Néanmoins, même après l’amélioration attendue, les volumes de ventes resteront nettement inférieurs aux niveaux d’avant la pandémie, et le coût du logement ne dépassera que légèrement le minimum du cycle actuel.

Combien d’acheteurs ont attendu tout ce temps ?

L’un des facteurs clés de la reprise future est la demande reportée.

Selon l’estimation de RBC, au cours des dernières années, des centaines de milliers de Canadiens ont reporté leurs projets d’achat de logement en raison de la forte hausse des coûts liés à la détention d’un bien immobilier.

Il ne s’agit pas seulement d’acheteurs potentiels. Parmi ceux qui attendent le bon moment, on trouve des locataires qui restent plus longtemps que prévu dans un logement loué, ainsi que des propriétaires qui ont repoussé la décision d’acheter une maison plus spacieuse ou, au contraire, de passer à un logement plus petit.

Particulièrement intéressante est l’estimation de RBC selon laquelle, depuis 2019, plus de 400 000 nouveaux ménages pourraient ne pas s’être formés au Canada, alors qu’ils l’auraient été dans d’autres circonstances.

Si ne serait-ce qu’une partie de cette demande reportée revient sur le marché, cela pourrait constituer un soutien important pour le secteur immobilier.

Il existe aussi d’autres raisons d’être optimiste. Les Canadiens épargnent actuellement à un rythme proche du maximum des 25 dernières années, et le taux d’emploi des 25 à 34 ans demeure supérieur à la moyenne historique.

Selon RBC, cette demande accumulée est capable de compenser partiellement la baisse de la demande liée au ralentissement de la croissance démographique et à la réduction de l’immigration.

Les hypothèques ne devraient probablement plus devenir moins chères

L’amélioration de l’accessibilité au logement dans certaines des villes les plus chères du Canada peut également ramener des acheteurs. Toutefois, le coût de la détention d’un bien immobilier reste élevé — et c’est précisément pourquoi RBC ne s’attend pas à un bond marqué de la demande.

La banque ne prévoit pas non plus de baisse significative supplémentaire des taux d’intérêt.

Selon l’évaluation de Robert Hogue, les taux ont probablement déjà atteint le point le plus bas du cycle actuel.

RBC s’attend à une hausse modérée des taux à long terme d’ici la fin de 2027. Par ailleurs, la Banque du Canada, selon les prévisions, maintiendra le taux directeur à son niveau actuel jusqu’à la fin de 2026 et commencera à le relever dès l’année suivante.

Pour les acheteurs potentiels, cela signifie que compter sur une hypothèque nettement moins chère dans un avenir proche peut être risqué.

L’économie peut redonner confiance aux acheteurs

L’un des principaux obstacles à la reprise du marché reste le facteur psychologique.

La baisse des prix du logement, les problèmes d’accessibilité, une économie faible et les inquiétudes concernant l’emploi ont poussé de nombreux Canadiens à adopter une attitude attentiste.

Si la situation économique continue de s’améliorer, la confiance des acheteurs pourrait se rétablir progressivement. RBC prévoit la poursuite de la croissance économique jusqu’à la fin de 2027 et s’attend à ce que l’excédent d’offre de main-d’œuvre disparaisse dès le printemps de l’année prochaine.

La stabilisation des prix peut devenir un autre signal important pour les acheteurs.

Tant que le coût du logement baisse, beaucoup préfèrent attendre, en espérant acheter moins cher. Mais lorsque les prix cessent de diminuer, la situation change : les acheteurs potentiels commencent à craindre que l’attente ne procure plus d’avantage.

À mesure que le nombre de transactions augmente et que l’offre sur le marché se réduit, une motivation supplémentaire peut apparaître pour ceux qui ont longtemps reporté leur achat.

Le marché a déjà connu quatre « faux départs »

Cela dit, les experts de RBC conseillent de ne pas se hâter de déclarer la crise terminée.

Depuis 2023, le marché immobilier canadien a déjà connu quatre périodes d’amélioration, qui ont ensuite été interrompues par des événements économiques externes.

La nouvelle reprise peut également s’avérer instable. Parmi les principaux risques, RBC cite :

  • une aggravation supplémentaire des relations commerciales avec les États-Unis ;
  • des conflits géopolitiques ;
  • des conséquences plus graves de la réduction de l’immigration ;
  • des problèmes persistants d’accessibilité au logement ;
  • une possible détérioration de la situation économique.

C’est pourquoi les spécialistes considèrent la reprise actuelle davantage comme le début d’un processus que comme la fin de la crise.

L’Ontario et la Colombie-Britannique pourraient fortement progresser

RBC s’attend à la hausse des ventes la plus marquée en 2027 en Ontario et en Colombie-Britannique — deux provinces particulièrement touchées par la dégradation de l’accessibilité au logement.

En Ontario, les ventes devraient, selon les prévisions, augmenter de 8,2 % après une baisse de 0,5 % en 2026.

En Colombie-Britannique, une hausse de 7,8 % est attendue après une chute de 4,6 % cette année.

Les prix devraient également repasser en hausse, bien que très modérément : environ 0,7 % en Ontario et 0,5 % en Colombie-Britannique.

Cependant, le marché des appartements pourrait se redresser plus lentement. Le volume important d’appartements invendus dans les régions de Toronto et de Vancouver, combiné à une faible demande de la part des investisseurs, peut conduire à la poursuite de la baisse des prix des condominiums en 2027 également.

Le Québec continuera de croître, mais plus lentement

Pour le Québec, les prévisions de RBC paraissent plus solides, bien que sans croissance spectaculaire.

En 2027, les prix de l’immobilier dans la province, selon les prévisions de la banque, augmenteront d’environ 1,2 %.

C’est inférieur aux rythmes de croissance attendus dans un certain nombre d’autres régions, toutefois le Québec fait partie des marchés qui ont relativement bien traversé le ralentissement actuel.

Les économistes s’attendent à un ralentissement de la hausse des prix à mesure que le rythme de croissance de la population diminuera et que, simultanément, l’offre de logements augmentera.

Pour les acheteurs, cela signifie qu’au Québec, on ne s’attend ni à un effondrement brutal des prix, ni à un retour rapide aux anciens rythmes de croissance.

Où les prix augmenteront-ils plus vite ?

Parmi les marchés les plus résilients, RBC s’attend en 2027 à la hausse suivante du coût du logement :

  • Saskatchewan — 2,5 % ;
  • Manitoba — 1,9 % ;
  • Québec — 1,2 % ;
  • Nouveau-Brunswick — 0,9 % ;
  • Terre-Neuve-et-Labrador — 1,3 % ;
  • Nouvelle-Écosse — 1,1 % ;
  • Île-du-Prince-Édouard — 0,3 %.

L’Alberta se distingue à part. RBC s’attend à ce qu’en 2027, les ventes y augmentent de 7,1 %, et le coût du logement de 1,8 %.

Qu’est-ce que cela signifie pour les acheteurs à Montréal ?

Pour les habitants de Montréal et du Québec, les prévisions ressemblent davantage à une normalisation progressive du marché qu’à un retour à un boom des prix.

D’un côté, l’amélioration de l’accessibilité au logement et la stabilisation des prix peuvent inciter une partie des acheteurs à revenir sur le marché. De l’autre, les taux hypothécaires, très probablement, ne donneront plus l’avantage d’autrefois à ceux qui espèrent attendre un crédit nettement moins cher.

Ainsi, 2027 pourrait devenir l’année d’une reprise prudente : les vendeurs gagneront en confiance, les acheteurs auront plus de choix, et le marché commencera progressivement à revenir à l’équilibre.

Mais, comme le souligne RBC, ce chemin sera peu susceptible d’être rectiligne. Après plusieurs années de coût du logement élevé, de crédits chers et d’incertitude économique, le marché immobilier canadien a encore un long chemin à parcourir avant un rétablissement complet.

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