La tension politique aux États-Unis se reflète de plus en plus nettement jusque sur le marché immobilier. Selon une analyse de la fréquentation du portail de l’entreprise Royal LePage, en 2026, le nombre d’Américains consultant des maisons et des appartements au Canada a fortement augmenté.
Selon le courtier Marc Lefrançois, chaque grande crise politique ou conflit social aux États-Unis entraîne une flambée d’intérêt pour l’immobilier canadien. Des pics particulièrement marqués ont été observés en avril et en mai, lorsque le nombre hebdomadaire de visiteurs en provenance des États-Unis approchait les 80 000 — nettement au-dessus des niveaux habituels.
Le bond le plus impressionnant s’est produit entre le 26 avril et le 2 mai : le trafic en provenance des États-Unis a augmenté de 542 % par rapport à la même semaine l’an dernier. Cette hausse a coïncidé avec une nouvelle phase de controverses judiciaires et politiques autour de la diffusion de la mifépristone — un médicament utilisé pour l’interruption médicamenteuse de grossesse.
Une situation similaire avait déjà été observée. Au cours de la première semaine d’avril, la fréquentation du site par les Américains a augmenté de 233 % par rapport à 2025. À l’époque, l’intérêt coïncidait avec une aggravation des tensions internationales autour du conflit avec l’Iran. En une semaine, le portail a été visité par plus de 44 000 Américains, contre 13 000 un an plus tôt.
Un pic supplémentaire a eu lieu fin mars après les manifestations de masse « No King » aux États-Unis, qui ont rassemblé, selon les estimations des organisateurs, de huit à neuf millions de participants lors de milliers d’actions à travers le pays.
La hausse de l’intérêt a également été enregistrée en janvier, après la mort, largement relayée par les médias, de la Minnesotane Rene Good à la suite des actions d’un agent fédéral. Durant cette période, le nombre de consultations d’annonces immobilières canadiennes par des Américains a augmenté de 65 % par rapport à l’an dernier.
Le logement canadien est plus cher
Cependant, une mauvaise surprise pourrait attendre les acheteurs potentiels venus des États-Unis. Malgré des revenus plus élevés des familles américaines, le logement au Canada reste plus cher.
En 2026, le prix médian de vente d’un logement aux États-Unis s’élevait à environ 560 000 dollars canadiens, tandis qu’au Canada il atteignait 666,4 milliers de dollars. Ainsi, l’immobilier canadien est en moyenne environ 19 % plus cher.
Dans le même temps, le revenu médian des ménages aux États-Unis atteint environ 116 000 dollars canadiens par an, soit environ 38 % de plus que l’indicateur canadien, qui s’établit autour de 84 000 dollars.
Un déménagement massif n’est pas attendu pour l’instant
Malgré la hausse des recherches en ligne, les spécialistes ne pensent pas que le Canada soit sur le point de connaître une vague migratoire d’ampleur en provenance des États-Unis.
Selon Lefrançois, il s’agit plutôt d’un intérêt psychologique et du désir d’avoir une solution de repli en cas d’instabilité politique. Certains Américains aisés achètent déjà des appartements à Toronto ou des cottages au Canada comme « plan B », mais cela n’a pas encore d’impact notable sur les prix du marché du logement.
Les destinations les plus probables pour les candidats au départ restent Toronto et Vancouver — les plus grands centres économiques anglophones du pays.
L’expert estime que les élections de mi-mandat aux États-Unis à l’automne 2026 constitueront un indicateur important. Si la tension politique se maintient ou s’intensifie, l’intérêt des Américains pour le Canada pourrait augmenter encore davantage. Si, au contraire, la situation se stabilise, la flambée actuelle d’intérêt pourrait n’être qu’un phénomène temporaire.
Au sein même de Royal LePage, on souligne qu’une telle corrélation entre les événements politiques aux États-Unis et la fréquentation des annonces canadiennes de vente de logements est observée depuis près de dix ans — depuis le début du premier mandat présidentiel de Donald Trump.





