Bien que l’économie canadienne se soit contractée pour un deuxième trimestre consécutif, à la Bank of Canada, on appelle à ne pas se précipiter pour conclure au début d’une véritable récession.
Lundi, lors d’une intervention devant un comité parlementaire, la première sous-gouverneure adjointe de la Banque du Canada, Carolyn Rogers, a déclaré qu’un seul indicateur du PIB ne suffit pas pour évaluer l’état de l’économie.
Selon les données de Statistics Canada, le produit intérieur brut réel du pays a reculé de 0,1 % en rythme annualisé au premier trimestre 2026. Il s’agit du deuxième trimestre consécutif de baisse de l’activité économique, après une diminution révisée de 1,0 % au quatrième trimestre 2025.
Formellement, deux trimestres consécutifs de croissance négative correspondent à la définition courante de ce qu’on appelle une « récession technique ». Toutefois, Rogers a souligné que ce terme ne reflète pas l’ensemble de la situation.
« Le simple fait qu’il faille ajouter le mot “technique” devant le mot “récession” montre qu’il faut regarder plus large qu’un seul indicateur », a-t-elle noté.
Ce qui se passe dans l’économie
Les résultats du premier trimestre se sont révélés plus faibles que les attentes des analystes. Le principal facteur de la baisse a été une forte hausse des importations, liée pour environ moitié à des achats d’or. L’effet négatif a été partiellement compensé par l’augmentation des stocks de marchandises des entreprises.
Parallèlement, on a observé un nouvel affaiblissement de l’activité d’investissement :
- les investissements des entreprises en immobilisations ont reculé de 0,7 % ;
- il s’agit du cinquième trimestre consécutif de baisse ;
- les investissements dans la construction résidentielle ont diminué de 2,0 % ;
- l’activité sur le marché de la revente de logements a chuté de 9,9 %.
Dans le même temps, l’estimation préliminaire pour avril a montré des signes de reprise. Selon la Banque du Canada, le volume de production dans l’économie a augmenté de 0,4 % par rapport au mois précédent.
Le marché immobilier reste prudent
L’incertitude économique a un impact notable sur les acheteurs de logements.
Selon l’étude Ownright Operators Report, menée auprès de plus d’un millier de professionnels de l’immobilier à travers le pays, 40 % des répondants ont cité les inquiétudes concernant l’état de l’économie et une possible récession comme le principal facteur dissuadant acheteurs et vendeurs de conclure des transactions. Ce facteur s’est avéré plus important encore que le niveau des taux d’intérêt et la situation du marché du travail.
Ce que cela signifie pour la décision sur le taux
La prochaine décision de la Banque du Canada sur le taux directeur sera annoncée le 10 juin et attire une attention accrue des marchés financiers.
Les économistes ne se hâtent pas, pour l’instant, de parler d’une véritable récession. Ainsi, Derek Holt de Scotiabank a noté qu’une récession nécessite généralement une période plus longue de détérioration des indicateurs d’emploi et de production industrielle.
Sal Guatieri de BMO Capital Markets partage une position similaire. Selon lui, la Banque du Canada conservera probablement une posture attentiste, même si une nouvelle dégradation de l’économie en raison de conflits commerciaux pourrait contraindre le régulateur à baisser les taux.
Pour le marché du logement, cela revêt une importance particulière. Une économie plus faible entraîne généralement une baisse des rendements obligataires et crée des conditions propices à une diminution du coût des prêts hypothécaires, ce qui pourrait potentiellement soutenir la demande immobilière.
La Banque du Canada a indiqué que, pour sa décision du 10 juin, elle tiendra compte à la fois des données du PIB et du rapport sur l’emploi de mai. Ce sont précisément ces indicateurs qui aideront à déterminer si le ralentissement actuel est un phénomène temporaire ou le début d’un repli économique plus sérieux.





