Alors que la vague de renouvellement des prêts hypothécaires de cinq ans contractés avant la forte hausse des taux d’intérêt en 2021 touche à sa fin, le nombre de propriétaires contraints de remettre leurs clés à la banque n’a pas explosé, comme beaucoup le prédisaient.
Selon une prévision de l’économiste de Desjardins Kari Norman, publiée jeudi, le nombre de retards de paiements hypothécaires devrait désormais se stabiliser, puis commencer à diminuer en 2027.
« À mesure que le pic des renouvellements des prêts hypothécaires de cinq ans sera dépassé, la pression liée à la hausse des paiements devrait s’atténuer », prévoit-elle.
Quant aux propriétaires ayant contracté des prêts durant la période où les taux d’intérêt étaient au plus haut — de 2022 à 2024 —, ils peuvent désormais, lors du renouvellement de leur prêt hypothécaire, profiter de taux plus bas.
> Les détenteurs de prêts hypothécaires de trois ans les renouvellent probablement déjà à un taux inférieur à celui qui s’appliquait auparavant.
> **Kari Norman, économiste chez Desjardins**
Le chômage, l’inflation et les prix des logements peuvent aussi influencer le nombre de retards de paiements hypothécaires, indique Kari Norman. Toutefois, selon elle, « la situation actuelle pointe davantage vers une stabilisation des retards que vers leur aggravation ».
Il existe d’autres signes montrant que, malgré l’incertitude économique, les ménages continuent de dépenser pour des biens et des services non essentiels, contrairement au logement. D’après les données de la Banque Royale du Canada, qui suit les dépenses des clients par carte de crédit, au cours de la dernière année les dépenses discrétionnaires des Canadiens — vêtements, restaurants et voyages — ont augmenté de près de 10 %.
## La crise attendue
Un paiement hypothécaire est considéré en retard si le délai atteint 90 jours ou plus. Au Canada, le nombre de ces retards augmente depuis 2022. Ils représentent maintenant 0,28 % de l’ensemble des prêts hypothécaires — soit le double du niveau exceptionnellement bas de 0,14 % enregistré juste après la pandémie.
Lorsque la Banque du Canada a commencé à relever rapidement les taux d’intérêt afin de lutter contre l’inflation qui a suivi, de nombreux économistes et institutions financières redoutaient une crise du marché immobilier pendant la période de renouvellement des prêts hypothécaires.
Ces craintes ne se sont pas matérialisées. Selon la Banque du Canada, les prêts hypothécaires de cinq ans qui doivent encore être renouvelés à des taux plus élevés ne représentent que 12 % de l’ensemble des prêts hypothécaires accordés dans le pays.
Ceux qui ont déjà franchi cette étape « ont pu faire face à l’augmentation des paiements, et les prêteurs n’ont donc pas été confrontés à une hausse généralisée des pertes sur prêts », note la Banque du Canada dans son dernier rapport sur la stabilité financière.
La Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), qui assure les prêts hypothécaires des propriétaires dont la mise de fonds est inférieure à 20 %, constate également que les craintes ont été plus fortes que les conséquences réelles.
Malgré la hausse des retards, le président de l’organisme fédéral, Colin Volk, ne se montre pas pessimiste quant à l’évolution de la situation.
« Il y a effectivement plus de tensions sur le marché, a-t-elle reconnu dans une entrevue accordée au journal *La Presse* jeudi, mais pour l’instant nous ne sommes pas inquiets, parce que le marché demeure résilient ».
« Il est vrai que le niveau des retards a augmenté, mais d’un point de vue historique il reste très faible. Nous sommes une compagnie d’assurance et nous prévoyons toujours d’éventuelles indemnités. Jusqu’à présent, leur volume demeure inférieur à ce qui est prévu dans nos budgets ».





