Une étude de Léger Marketing a révélé un constat inquiétant : la majorité des habitants de la province ne savent pas qui les protège lors de l’achat d’un logement — ni même s’ils sont protégés.
Deux tiers des Québécois ne comprennent pas comment fonctionne une transaction immobilière
Acheter et vendre une maison est l’une des décisions financières les plus importantes de la vie. Pourtant, près de deux tiers des résidents du Québec reconnaissent que leurs connaissances sont insuffisantes pour comprendre pleinement une transaction immobilière. Tels sont les résultats d’une étude menée par Léger Marketing pour le compte de l’Organisme d’autoréglementation du courtage immobilier du Québec (OACIQ).
Les auteurs ont constaté des lacunes persistantes sur trois thèmes clés : qui représente les intérêts de l’acheteur et du vendeur, et comment ; ce qu’est un contrat avec un courtier ; et ce que signifie réellement la notion de « traitement équitable ».
« Une meilleure compréhension de ces lacunes nous permet de renforcer notre travail d’information et de protection des consommateurs », a souligné Nadine Lindsay, présidente et cheffe de la direction de l’OACIQ.
Mythe no 1 : la loi vous protège dans tous les cas
De nombreux Québécois sont convaincus que la Loi sur le courtage immobilier les protège, qu’ils fassent appel ou non aux services d’un courtier. Ce n’est pas le cas. La protection de l’OACIQ, le fonds d’indemnisation et l’assurance responsabilité professionnelle s’appliquent uniquement aux transactions effectuées par l’entremise d’un professionnel titulaire d’un permis.
« Ce à quoi vous renoncez en vous passant d’un courtier, c’est la protection en cas de problème », a expliqué Louis Beauchamp, porte-parole officiel de l’OACIQ. Selon lui, les erreurs dans les transactions immobilières surviennent assez souvent : promesse d’achat, inspection, questions d’inclusions et d’exclusions — autant de points de friction potentiels. La loi protège aussi contre la fraude et les manipulations de mauvaise foi. Sans cette protection, la seule voie est le tribunal.
Mythe no 2 : l’acheteur paie le courtier de sa poche
La plupart des Québécois ignorent que les services d’un courtier ne coûtent généralement rien directement à l’acheteur. Au Québec, la commission est payée par le vendeur : elle est incluse dans le prix final de la transaction et partagée avec le courtier de l’acheteur. L’exception concerne les cas où le vendeur agit sans courtier : l’acheteur qui souhaite être représenté par un professionnel peut alors assumer lui-même une partie des frais. À part, il y a les coûts de l’inspection et du notaire — ils ne sont pas liés aux services du courtier.
Mythe no 3 : un seul courtier peut travailler pour les deux parties
La « double représentation » — lorsqu’un même courtier représente à la fois le vendeur et l’acheteur — est interdite au Québec depuis juin 2022, précisément afin d’éviter les conflits d’intérêts. Le courtier du vendeur est tenu de respecter le principe de « traitement équitable » — mais cela ne signifie pas qu’il protège les intérêts de l’acheteur.
« Le courtier qui représente le vendeur ne peut pas partager avec l’acheteur des informations stratégiques. Il est tenu de ne communiquer que des renseignements factuels », a précisé Beauchamp. Il s’agit notamment de l’année de construction, de la superficie, des défauts connus, des données sur les taxes, les servitudes et le zonage. Tout le reste dépasse le cadre de ses obligations.
Marché du logement : les chiffres parlent d’eux-mêmes
Malgré ces lacunes d’information, le marché immobilier québécois continue de tourner à plein régime. Selon Centris, au premier trimestre 2026, 23 312 transactions ont été conclues dans le secteur résidentiel dans la province — dont 15 069 concernaient des maisons unifamiliales et 6 105 des copropriétés. Le volume total des transactions a dépassé 12,8 milliards de dollars.
Le prix médian d’une maison unifamiliale dans la province s’est établi à 512 000 dollars, celui d’une copropriété à 400 000 dollars. Toutefois, les écarts entre les régions restent énormes. Sur l’île de Montréal, le prix médian d’une maison atteint 815 000 dollars ; dans l’agglomération de Québec, 493 300 ; dans Lanaudière, 523 000 ; en Estrie, 470 000 ; au Centre-du-Québec, 385 000 ; et sur la Côte-Nord, 243 750 dollars.
Autrement dit, il s’agit de transactions où le prix de l’erreur se chiffre à des centaines de milliers de dollars. Et c’est précisément pourquoi l’ignorance de ses droits coûte si cher.





