Sur le marché immobilier du Québec, de plus en plus de vendeurs préfèrent mettre leur maison en vente sans la soi-disant garantie légale de qualité. Les raisons de ce phénomène deviennent plus claires, et les acheteurs perçoivent de plus en plus cette pratique comme une norme.
Selon les données de l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ), près de la moitié des biens immobiliers en 2025 ont été vendus sans garantie légale. Et, de l’avis des experts, cette proportion ne fera qu’augmenter.
Un compromis dicté par le marché
Dans un marché de vendeurs, où la demande dépasse largement l’offre, les acheteurs ont peur de laisser passer leur chance de devenir propriétaires. Ils sont donc prêts à faire de sérieuses concessions, même lorsqu’il s’agit du plus gros achat de leur vie.
Lorsqu’une maison convenable apparaît à un prix abordable, beaucoup acceptent de renoncer à une protection importante — la garantie légale. Elle comprend deux éléments clés :
- la garantie de qualité, qui couvre les vices cachés (par exemple, des dommages causés par l’eau) ;
- la garantie du droit de propriété, qui protège contre des problèmes juridiques, tels que des constructions illégales ou la non-conformité des limites du terrain.
Pourquoi les vendeurs renoncent à la garantie
Les vendeurs ont leurs propres raisons, souvent tout à fait fondées :
- la maison a été reçue en héritage, et le propriétaire n’y a jamais vécu ;
- les personnes âgées ne veulent pas laisser d’éventuels litiges judiciaires à leurs héritiers ;
- le bien a été acheté dès le départ sans garantie, et le vendeur ne veut pas assumer seul la responsabilité d’éventuels problèmes.
Les vieilles maisons — une zone à risque accru
La garantie est particulièrement souvent exclue lors de la vente de maisons de plus de 60 ans. Même si le bâtiment semble en excellent état, il est impossible d’exclure totalement la présence de vices cachés. Les vendeurs comprennent qu’ils n’ont pas vu ce qui se trouve à l’intérieur des murs et ne sont pas prêts à assumer des risques à long terme.
Les acheteurs deviennent plus informés
Les acheteurs d’aujourd’hui prennent de mieux en mieux conscience de ces risques et abordent la transaction de manière plus pragmatique. Une maison des années 1970, par exemple, comporte inévitablement des éléments de cette époque — et donc des problèmes potentiels.
C’est pourquoi une inspection minutieuse avant l’achat devient une étape clé. Elle permet de repérer d’éventuels défauts et d’établir un plan des rénovations futures — une sorte de « feuille de route » pour l’entretien de la maison.
Les jeunes acheteurs — sans choix
Les premiers acheteurs sont particulièrement vulnérables. Un budget limité les oblige à choisir des maisons plus anciennes et plus abordables, qui sont le plus souvent vendues sans garantie. Pour beaucoup d’entre eux, cette pratique devient le seul moyen d’entrer sur le marché immobilier.
Vices cachés : faut-il toujours aller au tribunal ?
Même si le bien est acheté avec une garantie légale, tout le monde n’est pas prêt à saisir la justice en cas de découverte de défauts. Les procédures judiciaires peuvent être longues et coûteuses.
C’est pourquoi les spécialistes recommandent de plus en plus de rechercher des moyens amiables de régler les différends, en évitant des procédures judiciaires interminables.
Ainsi, la renonciation à la garantie légale de qualité se transforme progressivement d’une exception en une nouvelle norme du marché immobilier du Québec. Pour les vendeurs, c’est une façon de réduire les risques, et pour les acheteurs — un compromis de plus sur le chemin vers leur propre propriété.





