En bref
- Les ventes reculent : en septembre, le nombre de transactions immobilières dans le Grand Montréal a diminué de 12 % par rapport à septembre de l’année dernière.
- L’offre augmente : 21 793 propriétés étaient sur le marché — soit 20 % de plus qu’il y a un an.
- Il est devenu plus facile pour les acheteurs de négocier : la concurrence pour les logements s’est affaiblie et les offres multiples sont moins fréquentes.
- Les changements sont particulièrement visibles sur le marché des copropriétés dans les quartiers centraux de Montréal, notamment Ville-Marie et Griffintown.
- On ne s’attend pas à une reprise rapide du marché : l’un des courtiers interrogés suppose que la détérioration de la situation pourrait se poursuivre jusqu’à l’été 2027.
Que se passe-t-il sur le marché immobilier de Montréal ?
Les dernières données de l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ), fondées sur les informations de la plateforme Centris, confirment une tendance observée depuis la fin de 2025.
En septembre 2026, le nombre de transactions d’achat-vente dans le Grand Montréal s’est révélé inférieur de 12 % à celui d’il y a un an. Parallèlement, le nombre de propriétés accessibles aux acheteurs a atteint 21 793, en hausse de 20 % sur un an. La progression de l’offre se poursuit depuis 14 mois consécutifs.
Pour les acheteurs, cela signifie un choix plus large et la possibilité de ne pas prendre une décision dans la précipitation. Il n’y a pas si longtemps, les biens recherchés se vendaient souvent après plusieurs offres concurrentes, et les acheteurs potentiels étaient contraints d’agir vite, de peur de laisser passer une option adéquate.
À présent, la situation change progressivement.
« L’époque où 30–40 % des propriétés partaient avec des offres multiples est terminée », souligne le courtier Royal LePage Marc Lefrançois. Selon lui, les acheteurs n’ont plus à craindre en permanence que quelqu’un les devance dans la course au logement convoité.
Ainsi, le marché de l’île de Montréal se rapproche progressivement d’une situation où l’avantage passe du côté des acheteurs.
Pourquoi la demande de logements s’affaiblit-elle ?
Les experts relient ces changements à plusieurs facteurs à la fois.
La situation démographique. La baisse des indicateurs démographiques peut limiter le nombre d’acheteurs potentiels.
Les taux hypothécaires. Les attentes quant à l’évolution du coût du crédit hypothécaire incitent certaines familles à aborder plus prudemment la décision d’acheter un bien immobilier.
Le coût élevé du logement. Les prix restent un obstacle sérieux pour de nombreux ménages, en particulier pour ceux qui achètent leur première propriété.
L’incertitude sur le marché du travail. Les inquiétudes concernant l’emploi et les revenus poussent les gens à reporter les grandes décisions financières.
La situation du marché locatif peut également jouer un rôle important. Selon Camille Laberge, directrice adjointe et économiste en chef de l’APCIQ, une certaine amélioration des conditions de location peut aussi réduire la demande d’achat de logements.
Les années précédentes, les locataires faisaient face à une pénurie d’appartements disponibles, à une hausse substantielle des loyers et à la crainte de perdre leur logement. Dans ces conditions, l’achat d’une copropriété semblait à beaucoup un moyen d’assurer une plus grande stabilité.
Lorsque la pression sur le marché locatif s’atténue, une partie des acheteurs potentiels n’a plus la nécessité d’acquérir rapidement sa propre propriété.
Quels quartiers de Montréal deviennent déjà un marché d’acheteurs ?
Les changements se produisent de manière inégale. L’affaiblissement de la concurrence est le plus visible dans le segment des copropriétés, surtout dans les quartiers centraux de la ville.
Ville-Marie et Griffintown
Selon l’évaluation de Camille Laberge, ces quartiers se trouvent déjà dans des conditions de marché d’acheteurs. Pour retrouver une situation comparable, dit-elle, il faut remonter à 2016.
Pour les acheteurs, cela signifie davantage de possibilités de comparer les propriétés, d’évaluer les coûts d’entretien du logement et de discuter des conditions de la transaction avec les vendeurs.
Maisons unifamiliales
Sur le marché des maisons individuelles, la tendance est moins marquée. Toutefois, comme le note Marc Lefrançois, l’activité demeure faible dans certains secteurs, notamment à Montréal-Nord.
Les banlieues de Montréal
En banlieue, l’avantage des vendeurs se maintient encore sur de nombreux marchés locaux, même si la tension n’atteint plus les niveaux de 2024–2025.
Camille Laberge estime que les changements pourraient progressivement s’étendre au-delà des quartiers centraux. Elle compare ce processus à des cercles sur l’eau : d’abord, les changements deviennent visibles au centre, puis ils touchent d’autres territoires.
Cependant, les délais et l’ampleur de ces changements dépendront du quartier précis et de la catégorie de logement.
Les prix vont-ils commencer à baisser ?
L’affaiblissement de la demande n’entraîne pas nécessairement une baisse immédiate de la valeur immobilière. Dans un premier temps, le marché peut réagir par un ralentissement de la hausse des prix, un allongement des délais de vente et une diminution du nombre d’offres concurrentes.
Selon Camille Laberge, les prix des copropriétés stagnent depuis 2023, surtout dans les quartiers centraux de Montréal. Dans le segment des maisons unifamiliales, la hausse des prix a également ralenti ces derniers mois.
L’économiste note qu’il y a un an, la hausse mensuelle de la valeur des maisons pouvait atteindre 8–10 %, alors qu’à présent il est plus souvent question de 2–5 % lors des bons mois.
Le courtier David Tardif attire aussi l’attention sur la rapidité du changement de situation. Selon ses observations, si, pendant la pandémie, un bien pouvait recevoir dix ou douze offres concurrentes, leur nombre se limite désormais souvent à deux ou trois.
Tardif suppose que l’affaiblissement du marché pourrait se poursuivre jusqu’à l’été 2027. Il s’agit de sa prévision, et non d’un fait établi : l’évolution ultérieure dépendra des taux d’intérêt, de la situation de l’emploi, de l’offre de logements et de la solvabilité des acheteurs.
Qu’est-ce que cela signifie pour les acheteurs et les vendeurs ?
Pour les acheteurs, des conditions plus favorables se mettent en place. Il devient possible de comparer plus soigneusement les options, de vérifier l’état du bien, d’analyser les frais d’entretien de la copropriété et de ne pas se précipiter pour faire une offre uniquement par peur de perdre le bien.
Cependant, l’augmentation de l’offre, à elle seule, ne garantit pas une baisse des prix. Cela concerne particulièrement certaines catégories de logements et certains quartiers où la demande reste stable.
Pour les vendeurs, la situation devient plus difficile. Un prix trop élevé peut entraîner une longue attente d’un acheteur, et la concurrence avec d’autres biens exige une évaluation plus réaliste de la valeur ainsi qu’une préparation attentive du logement à la vente.
Questions fréquentes
1. Est-il vrai qu’il est plus avantageux d’acheter un logement à Montréal en ce moment ?
Les conditions de négociation sont devenues plus favorables aux acheteurs, surtout sur le marché des copropriétés dans les quartiers centraux. Mais l’avantage d’un achat précis dépend du prix, du taux hypothécaire, des frais d’entretien et de la durée de détention prévue du bien.
2. L’augmentation du nombre d’offres signifie-t-elle que le logement va bientôt devenir moins cher ?
Pas nécessairement. D’abord, la hausse des prix peut ralentir, et la baisse de la valeur de certains biens se produit de manière inégale. La tendance générale n’exclut pas une hausse des prix dans certains segments.
3. Où les changements sont-ils les plus visibles ?
Selon l’évaluation des experts, avant tout sur le marché des copropriétés dans les quartiers centraux, notamment Ville-Marie et Griffintown.
4. Les vendeurs devraient-ils reporter la vente jusqu’à la reprise du marché ?
Il n’existe pas de réponse universelle. La décision dépend des circonstances personnelles, de la valeur du bien, des obligations financières et de la situation dans le quartier concerné. Les prévisions du marché ne garantissent pas que l’attente conduira à un prix plus élevé.
5. Combien de temps la tendance actuelle peut-elle durer ?
L’un des courtiers interrogés envisage une détérioration supplémentaire de la situation jusqu’à l’été 2027. Toutefois, il s’agit d’une prévision, et non d’un délai confirmé de changement du cycle du marché.
Commentaire unique
Le marché immobilier du Grand Montréal entre dans une période où l’acheteur doit de moins en moins souvent rivaliser avec de nombreux prétendants pour un même bien. Mais cela ne signifie pas encore le retour d’un logement abordable : avec des prix élevés, même un marché plus calme ne supprime pas le problème de la mise de fonds, des paiements hypothécaires et des coûts d’entretien du bien.
Le principal changement aujourd’hui réside moins dans la promesse d’une baisse rapide des prix que dans le rétablissement de la possibilité de choisir. L’acheteur peut évaluer le bien plus attentivement, négocier et renoncer à une transaction qui ne correspond pas à ses moyens.
Pour Montréal, c’est un déplacement important après plusieurs années de concurrence tendue. Toutefois, les mois à venir montreront à quel point il sera durable et s’il s’étendra aux banlieues. Pour l’instant, la conclusion la plus fondée est que le marché devient plus calme et que la décision d’achat — potentiellement — plus réfléchie.





