En janvier 2026, une transaction immobilière sur trois dans la région de Québec s’est conclue à un prix supérieur à celui affiché. Les jeunes veulent acheter un logement — mais le marché ne joue pas selon leurs règles.
Imaginez : vous avez trouvé une maison. Vous avez économisé pour la mise de fonds. Vous avez rassemblé les documents. Vous avez déposé une offre — et vous avez perdu. Parce qu’il y en avait quarante-cinq autres comme vous. Et que l’un d’eux a offert soixante mille dollars de plus que le prix demandé.
Ce n’est pas une exception. C’est la nouvelle norme du marché immobilier québécois.
Selon des données obtenues par Noovo Info, en janvier 2026, environ un tiers de toutes les transactions dans la grande région de Québec se sont conclues en mode surenchère — c’est-à-dire que l’acheteur a payé plus que ce que demandait le vendeur. Dans la ville même, cela s’est produit dans 31 % des cas, sur la Rive-Sud — dans 28 %, dans les banlieues nord — dans 21 %.
Les montants de dépassement ne sont pas symboliques. Pour une maison unifamiliale, les acheteurs payaient en moyenne 60 000 dollars de plus que le prix affiché. Pour un condominium — 37 000. Pour un petit immeuble à revenus de deux à huit logements — près de 100 000.
Tout le monde en veut. Tout le monde ne peut pas.
Un sondage mené par la firme Léger pour le compte de l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ) met au jour une contradiction douloureuse. Parmi les jeunes Québécois âgés de 18 à 34 ans, 43 % déclarent avoir l’intention d’acheter un logement au cours des cinq prochaines années. L’intention existe chez près de la moitié. Mais la réalité est bien plus modeste : au cours des cinq années précédentes, seul un sur trois parmi ceux qui avaient aussi l’intention d’acheter l’a effectivement fait.
L’écart entre le désir et la possibilité n’est ni un hasard ni de la paresse. C’est un problème structurel qui s’est aggravé au fil des années.
« Nous observons chez les jeunes adultes un écart de plus en plus marqué entre le désir d’acheter et la capacité réelle de passer à l’action, explique Charles Brant, directeur de l’analyse de marché à l’APCIQ. Ce n’est pas un manque d’intérêt. C’est une question d’accessibilité financière ».
En 2025, les jeunes Québécois de 18 à 34 ans payaient en moyenne 392 000 dollars pour un logement — soit 36 000 de plus que l’année précédente. Il s’agit de la plus forte hausse parmi tous les groupes d’âge. Pour suivre le marché, les jeunes contractent de plus en plus souvent des prêts plus importants, achètent à plusieurs avec des amis ou des proches, demandent une aide financière à la famille — ou reportent tout simplement l’achat à une date indéterminée.
Un marché de vendeurs — pour longtemps
Le portrait global à l’échelle de la province demeure peu réjouissant pour les acheteurs. Le prix moyen d’une propriété au Québec en 2025 s’est établi à 485 000 dollars — soit 28 000 de plus qu’en 2024. Québec conserve, pour une deuxième année consécutive, son statut de ville canadienne affichant la plus forte croissance des prix des maisons.
Par ailleurs, le marché reste solidement du côté des vendeurs. Seuls 14 % des propriétaires prévoient vendre au cours des cinq prochaines années — et plus de la moitié d’entre eux sont prêts à reporter la vente s’ils ne trouvent pas une alternative convenable. Un cercle vicieux : les vendeurs ne mettent pas leur propriété sur le marché parce qu’ils ne parviennent pas eux-mêmes à se reloger. Les acheteurs ne peuvent pas acheter parce que l’offre est trop faible.
« Le marché de la revente fait preuve d’une remarquable résilience depuis 2020, constate Charles Brant. Les Québécois continuent de faire des plans à long terme, mais ils le font désormais avec plus de prudence ».
Chez les 55 ans et plus, il y a déjà plus de vendeurs que d’acheteurs : 13 % sont prêts à vendre, et seulement 9 % — à acheter. C’est le seul groupe d’âge où un tel équilibre s’est installé. Pour tous les autres — et surtout pour les jeunes — la demande continue de dépasser l’offre.
Le prix du rêve
Détail intéressant : malgré tout, les jeunes Québécois de Québec sont plus souvent propriétaires que leurs pairs à Montréal — 44 % contre 35 %. La capitale provinciale a historiquement été plus abordable. Mais c’est précisément cette accessibilité qui attire désormais de plus en plus d’acheteurs — et qui finit par s’autodétruire.
À l’échelle de la province, le taux de propriété demeure l’un des plus faibles au Canada. Ce n’est pas un accident de marché — c’est un signal qui exige une réponse au niveau des politiques publiques.
« Le marché devient de moins en moins accessible pour les jeunes générations, dit Simon Lajeunesse, directeur des relations gouvernementales à l’APCIQ. Le gouvernement du Québec et les municipalités doivent créer des conditions qui faciliteront et accéléreront l’accès au logement pour les jeunes familles ».
Pour l’instant, ces conditions n’existent pas. Il y a un marché où 46 personnes se battent pour une seule maison. Il y a des jeunes avec des économies, des plans et des intentions — qui perdent cette bataille encore et encore. Et il y a ce chiffre de 60 000 dollars au-dessus du prix — celui qu’il faut trouver quelque part, simplement pour se retrouver premier dans la file.
Le rêve d’avoir sa propre maison au Québec n’a pas disparu. Il est simplement devenu nettement plus cher.





