Quand le logement devient inaccessibile : le Régime d’accession à la propriété (RAP) aide-t-il ou entraîne-t-il dans un piège de dettes ?

Pour de nombreuses jeunes familles, le rêve d’une maison devient aujourd’hui une course contre la montre. Les prix du logement augmentent, les offres sont rares, et les salaires ne suivent pas. Dans ce contexte, le Régime d’accession à la propriété (RAP), un programme permettant d’utiliser des fonds d’épargne-retraite (REER) pour…

Pour de nombreuses jeunes familles, le rêve d’une maison devient aujourd’hui une course contre la montre. Les prix du logement augmentent, les offres sont rares, et les salaires ne suivent pas. Dans ce contexte, le Régime d’accession à la propriété (RAP), un programme permettant d’utiliser des fonds d’épargne-retraite (REER) pour un apport initial, semble être une bouée de sauvetage. Mais derrière cette « bouée de sauvetage » peut se cacher un piège à long terme.

En 2024, le gouvernement fédéral a augmenté le plafond de retrait à 60 000 dollars par personne. Cet argent peut être utilisé sans imposition immédiate, et remboursé progressivement dans le fonds de pension sur une période de quinze ans. À première vue, tout semble raisonnable : un montant supplémentaire aide à faire le premier pas vers la maison dont on a toujours rêvé.

Cependant, la réalité est plus complexe. L’argent retiré du REER cesse de « travailler » — il ne génère plus de profits. Pendant que l’emprunteur le rembourse par tranches, ses économies de retraite croissent plus lentement. En conséquence, ce qui a aidé à acheter un logement aujourd’hui peut affaiblir la protection financière à l’approche de la retraite.

« Le RAP crée une illusion d’accessibilité, explique un conseiller financier indépendant de Longueuil. Mais il ne rend pas la maison moins chère. Il permet simplement de payer plus pour le même bien immobilier ».

Et en effet, avec l’augmentation du nombre de participants au programme, la pression sur les prix augmente également. Lorsque plus d’acheteurs disposent de sommes importantes, tandis que l’offre sur le marché reste limitée, l’immobilier devient plus cher pour tous. Ainsi, le bénéfice personnel de certains se transforme en problème collectif.

Quelques années après l’achat, à l’hypothèque et aux impôts s’ajoute l’obligation de rembourser l’argent dans le REER. Le budget, déjà tendu en raison du service de la dette et de l’augmentation des charges, devient encore plus lourd. Le stress financier ne disparaît pas — il est simplement reporté.

Les économistes notent que le RAP aide surtout ceux qui ont déjà un bon coussin d’épargne-retraite ou le soutien de la famille. Pour les personnes sans capital de départ, la situation ne change presque pas : le fossé entre ceux qui « entrent » sur le marché et ceux qui restent à l’écart se creuse.

Néanmoins, le programme reste populaire — et peut-être pour des raisons humaines. Il donne l’impression qu’il y a tout de même une chance. Mais les experts conseillent de considérer cet argent comme une dette, et non comme une aide gratuite. Car il faudra le rembourser — et il vaut mieux l’intégrer dans le budget à l’avance.

Le RAP peut devenir un tremplin vers une maison, mais ce n’est pas la solution à la crise du logement. Dans un contexte de prix élevés et d’offre limitée, il soutient plutôt un marché en surchauffe que de le refroidir. Et pour les acheteurs, la question principale reste la même : comment ne pas perdre sa stabilité financière en cherchant son coin de paradis.

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