Février 2026 a apporté de nouveaux records sur le marché du logement de la province — et de nouvelles inquiétudes pour ceux qui rêvent de leur propre maison.
Le Québec continue de surprendre. Alors que les économistes parlent prudemment d’un « refroidissement » du marché immobilier, les chiffres racontent une tout autre histoire : les prix des logements dans la province augmentent sans s’arrêter — et on ne voit pas la fin de cette hausse.
Selon les données de février 2026, le prix moyen d’une maison unifamiliale au Québec a atteint 456 542 dollars — soit 7 % de plus qu’il y a un an. À Montréal, ce chiffre a carrément franchi la barre des 615 000 dollars. Les plex — des maisons de deux à cinq logements, traditionnellement populaires dans la province — ont bondi à 827 500 dollars, gagnant d’un coup 9 % sur un an.
Québec devance Calgary
La dynamique est particulièrement frappante dans la capitale provinciale. À Québec, les prix des maisons ont augmenté de 12 % en février, ceux des condominiums de 10 %, et ceux des plex de 7 %. Les chiffres sont si inattendus que même les professionnels du secteur ne cachent pas leur surprise.
« En ce moment, des maisons à Québec se vendent plus cher que dans certains quartiers de Calgary, voire de Hamilton », affirme Stéphane Bruyère, courtier hypothécaire. La comparaison est éloquente : Calgary et Hamilton figurent depuis longtemps parmi les marchés immobiliers les plus chers du Canada.
Le prix moyen d’une maison unifamiliale à Québec s’est établi à 435 000 dollars en février. Pour une ville qui, il y a encore quelques années, était considérée comme l’une des plus abordables du pays, c’est une nouvelle réalité.
Estrie : le condo comme alternative au chalet
Une autre histoire se déroule dans la région administrative de l’Estrie, qui comprend Sherbrooke et les environs. Là, le prix moyen d’un condominium a augmenté de 26 % en un an — un chiffre qui, dans d’autres circonstances, semblerait un signal inquiétant, mais qui s’explique ici.
« Ça ne m’étonne pas tant que ça, dit la courtière immobilière Mélanie Bergeron. — Un condo est nettement moins cher qu’un chalet à la campagne et demande beaucoup moins d’entretien. Beaucoup de citadins, surtout des retraités, les achètent comme résidence secondaire ». L’Estrie attire historiquement les amateurs de nature et de plein air — et le condominium y devient un substitut abordable au traditionnel petit refuge de campagne.
Moins de transactions, plus de candidats
On pourrait croire que la hausse des prix devrait refroidir la demande. Mais pas au Québec. Oui, le nombre de transactions a diminué en février : les ventes de maisons unifamiliales ont reculé de 6 % dans la province, et de 10 % à Montréal. Le marché des condominiums a chuté encore davantage : -17 % à l’échelle provinciale, -21 % à Montréal.
Mais la raison de ce recul n’est pas que les acheteurs ont perdu de l’intérêt. La raison, c’est qu’il n’y a tout simplement rien à acheter.
« Au final, tous les biens trouvent leur acheteur, explique Mélanie Bergeron. — Il y a moins de transactions parce qu’il n’y a presque pas d’offre. J’ai vu une maison recevoir 46 offres. Quarante-six ! Il y a toujours trop d’acheteurs pour le nombre de maisons disponibles sur le marché. Il n’est pas question de baisse des prix ».
Stéphane Bruyère avance la même raison : « Depuis plusieurs années, on construit de moins en moins de maisons unifamiliales et de plus en plus de condominiums locatifs. C’est ce qui continue de pousser les prix à la hausse ».
Les plex tirent leur épingle du jeu
Sur fond de recul général des ventes, un segment du marché se porte bien — les plex. À Montréal, leurs ventes ont augmenté de 11 %, et de 5 % dans l’ensemble de la province. Sur un an : +11 %. Les investisseurs, visiblement, conservent leur appétit pour l’immobilier de rendement, même dans un contexte de prix élevés.
Un équilibre fragile
Le marché immobilier du Québec aborde 2026 dans un état que les experts qualifient prudemment d’« équilibre fragile ». Les prix continuent de monter. Le volume des transactions baisse. L’offre reste maigre. La demande — excessive.
Pour ceux qui possèdent déjà un logement, ce sont de bonnes nouvelles : leur actif prend de la valeur. Pour ceux qui ne font que rêver de leur propre maison, le tableau est moins réjouissant. Un marché où une maison recueille 46 offres d’achat, c’est un marché où la patience et la préparation financière sont devenues les principales vertus de l’acheteur.
Les prix au Québec ne sont déjà plus ce qu’ils étaient. Et, à en juger par tout cela, ils ne le redeviendront pas.
Repère. Prix moyen d’une maison unifamiliale par région (février 2026) : Montréal — 615 000 $, Ottawa–Gatineau — 466 777 $, Sherbrooke — 470 000 $, Québec — 435 000 $, Trois-Rivières — 397 000 $, Saguenay — 337 540 $.





