Plus d’un million de propriétaires canadiens renouvelleront leur hypothèque cette année — à des taux qui auraient été impensables il y a encore quelques années. Pour certains, la banque peut tout simplement leur fermer la porte
La vague de propriétaires ayant contracté une hypothèque à l’époque des taux historiquement bas arrive au moment de vérité. Le renouvellement du contrat — dans les conditions actuelles — signifie une forte hausse des paiements mensuels. Pour la plupart, c’est désagréable, mais gérable. Pour certains, la banque peut carrément refuser le renouvellement.
Selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), plus de 1,5 million de ménages sont déjà passés par un renouvellement à des taux plus élevés. Un autre million le fera au cours de la prochaine année.
La courtière hypothécaire agréée Léa Zlatkin explique : les prêteurs, en règle générale, prennent contact quelques mois avant la date de renouvellement — et c’est précisément à ce moment-là qu’ils commencent à évaluer la situation financière de l’emprunteur.
— S’ils voient que vous manquez régulièrement des paiements de cartes de crédit, que vos comptes affichent des soldes négatifs, ils peuvent douter du renouvellement et appeler pour vous informer d’un refus, dit-elle.
Les difficultés financières sont la principale raison. Mais pas la seule. La banque peut aussi refuser si elle considère le client comme un risque réputationnel sérieux — par exemple, si son nom apparaît dans une affaire pénale de fraude.
La SCHL observe des signaux inquiétants à Toronto et à Vancouver : les retards de paiement hypothécaires augmentent, même si c’est à partir d’un niveau bas. Sont particulièrement vulnérables ceux qui ont acheté leur premier logement pendant la pandémie — à des taux historiquement bas, avec des prix élevés et une dette importante par rapport au revenu. Aujourd’hui, ce sont précisément eux qui se retrouvent dans la situation la plus difficile.
Les courtiers assurent : il existe des options.
La première : ajouter un coemprunteur ou un garant. Un conjoint, un parent, un frère ou une sœur disposant d’un revenu suffisant et d’un bon historique de crédit peut aider à obtenir l’approbation.
La deuxième : augmenter les revenus. Louer une partie du logement ou prendre un emploi supplémentaire peut faire pencher le ratio dette/revenu en faveur de l’emprunteur.
La troisième : réduire la charge d’endettement. Ron Butler, de Butler Mortgage, donne un exemple simple : s’il y a deux prêts auto, vendre une voiture ou rembourser par anticipation l’un des prêts peut changer la donne.
— Les banques ne refusent pas un renouvellement de manière arbitraire, souligne Butler. — Le gouvernement fédéral l’a clairement indiqué : si une personne paie à temps, le prêteur est tenu de proposer une forme de renouvellement.
Si aucune des voies ci-dessus ne fonctionne, il reste le crédit privé. Les taux y sont tout autres : dans les banques, environ 4 %, chez les prêteurs alternatifs, 5–6 %, et chez les prêteurs privés, à partir de 9 % et plus.
— Cela donne le temps de remettre ses finances en ordre pour ensuite revenir vers un prêteur traditionnel, dit Butler. — C’est cher, mais ce n’est pas une impasse.
Selon Zlatkin, il n’y a pour l’instant aucun signe que les prêteurs commencent à refuser massivement les renouvellements.
— Tant que les gens paient à temps, n’ont pas de problèmes graves et ont un historique de crédit irréprochable, la plupart renouvelleront leur hypothèque sans difficulté, conclut-elle.
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