Ces conclusions figurent dans une nouvelle étude publiée mercredi par l’Association professionnelle des courtiers immobiliers du Québec (APCIQ), qui dresse un portrait d’ensemble du marché des condominiums dans la province.
L’adoption de la loi 16, qui encadre l’entretien et la gestion de ce type de biens immobiliers, a contraint de nombreux syndicats de copropriété à augmenter sensiblement les contributions mensuelles des copropriétaires aux fonds de réserve ou à imposer des cotisations spéciales.
Selon l’analyse de l’APCIQ, les dépenses annuelles médianes ont doublé — passant de 1 716 dollars en 2015 à 3 432 dollars en 2025. La forte demande a également provoqué une hausse marquée des prix sur la même période : dans certains secteurs, le prix au pied carré des condominiums a plus que doublé.
Dans ce contexte, les auteurs du rapport se demandent : « Ce type d’habitation, longtemps prisé par les premiers acheteurs, demeure-t-il aussi attrayant qu’auparavant ? »
D’un point de vue financier, le condominium demeure l’option la plus abordable pour accéder à la propriété, indique l’étude.
Même en tenant compte de l’augmentation des dépenses mensuelles ces dernières années, le condominium reste plus abordable qu’une maison unifamiliale d’entrée de gamme, souligne la directrice adjointe et économiste en chef de l’APCIQ, Camille Laberge.
« Pour un premier acheteur qui souhaite devenir propriétaire, c’est un choix tout à fait logique et rationnel », a déclaré Mme Laberge en entrevue. Elle a mené l’étude avec l’analyste Renaud Cuché.
L’APCIQ a comparé le paiement hypothécaire mensuel médian d’une maison unifamiliale « d’entrée de gamme » aux dépenses mensuelles totales d’un condominium (frais de copropriété plus versement hypothécaire).
Dans de nombreux secteurs, une maison unifamiliale d’entrée de gamme demeure plus coûteuse qu’un condominium moyen. Dans la région métropolitaine de Montréal, qui représente 74 % des ventes de condominiums, les dépenses mensuelles totales d’un condo s’élèvent à 2 310 dollars, contre 2 470 dollars de paiement hypothécaire pour une maison unifamiliale. Dans la région de Québec, les chiffres sont presque identiques : 1 765 dollars contre 1 786 dollars, respectivement. Dans les régions de Trois-Rivières et du Saguenay, la maison unifamiliale a un léger avantage — l’écart est inférieur à 100 dollars.
Frais d’entretien
L’APCIQ rappelle que les propriétaires de maisons unifamiliales doivent aussi prévoir un budget pour l’entretien — tout comme les copropriétaires de condominiums paient des frais mensuels pour l’entretien de l’immeuble. La différence, souligne Mme Laberge, c’est que, pour une maison unifamiliale, ce budget n’est pas obligatoire.
« Quand un acheteur envisage une maison unifamiliale, ces dépenses sont souvent sous-estimées, et la personne se dit : “je verrai quand le moment viendra” », dit-elle.
Selon l’Agence de la consommation en matière financière du Canada, un propriétaire devrait consacrer chaque année de 1 à 3 % de la valeur du bien aux réparations et à l’entretien — selon l’âge et l’état de la maison. L’APCIQ indique aussi que « les maisons unifamiliales mises en vente sont généralement plus anciennes que les condominiums », ce qui « exige, en principe, des réparations plus fréquentes et des coûts d’entretien plus élevés ».
La hausse importante des coûts d’exploitation des condominiums s’explique par l’inflation et la nouvelle législation. Néanmoins, selon l’APCIQ, « cette forte augmentation des frais de copropriété est proportionnelle à la hausse des prix » entre 2015 et 2025.
La part des ventes augmente
Sur le plan des transactions, les condominiums ont renforcé leur position en dix ans dans la plupart des régions. Dans l’ensemble du Québec, les condos représentaient 25 % des ventes résidentielles en 2025, contre 20 % dix ans plus tôt.
Après le boom de la construction au début des années 2000, le marché des condominiums a continué de croître grâce à la densification urbaine. La diminution de la taille moyenne des ménages et l’accessibilité relative du logement ont également contribué au succès des condominiums, résume l’APCIQ.
Cela dit, en raison des effets de la pandémie et de la généralisation du télétravail, l’intérêt pour les condos est « moins marqué », tandis que la demande pour les maisons unifamiliales demeure « toujours très élevée », note Mme Laberge.
« Toutefois, à long terme, nous croyons que les condominiums continueront de gagner en popularité. C’est une catégorie d’avenir », estime l’économiste, en soulignant que le zonage des terrains favorisera la densification dans le cadre des futurs projets résidentiels.





